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Angoisse nucléaire à Civaux (1)



Le 12 mai 1998, on assistait au premier incident grave sur un réacteur de Civaux. Largement sous-estimé par les médias et les autorités, cet incident fut à l'époque qualifié par le GSIEN (2) de "l'un des plus important survenu à ce jour dans le parc nucléaire français". Rappel des faits 6 ans plus tard.

12 mai 98, au matin. Civaux. Le réacteur numéro 1, flambant neuf, vient, au cours des semaines précédentes, de faire ses premières chauffes, réduites. Il est en rodage et n'a encore jamais dépassé les 50% de sa puissance nominale.

Les avatars se sont pourtant déjà accumulés : un contrôle-commande plein de bugs, des grappes de contrôle qui se coincent, une turbine géante qui perd ses ailettes, une enceinte de confinement dont le béton se détache par blocs, des pompes primaires "trop efficaces", etc...

Il n'empêche. EDF pavoise. Tout va bien et son réacteur chéri, le tout nouveau, le plus beau, le plus gros, celui de la "nouvelle génération" qui va remplacer tous nos vieux réacteurs, bref le nouveau N4 ronronne en phase d'arrêt depuis 5 jours, le temps que l'on fasse tous les contrôles d'usage avant de le relancer à une puissance plus forte.

Las. A 20h ce 12 mai, tout commence à basculer, et l'invraisemblable se produit : fuite importante de liquide primaire (30 000 litres/heure). Et on ne sait pas d'où vient la fuite. La vapeur contaminée envahit le bâtiment réacteur pendant que les réserves d'eau compensent.

Il faut une dizaine d'heures aux techniciens pour réussir a diminuer la pression dans le bâtiment réacteur (officiellement SANS lâcher de gaz à l'extérieur de l'enceinte...?) ce qui permet à une équipe d'intervenir pour aller constater visuellement d'où vient la fuite.

C'est le début d'une crise qui va durer des semaines. On s'aperçoit que le circuit de refroidissement utilisé pendant cette phase d'arrêt (RRA-A) est très amoché (entre autre : une fissure de 18 cm), de même que le circuit de secours (RRA-B). Au point que l'on n'ose pas basculer sur un autre circuit de refroidissement : tous les fluides sont sous haute pression (155 bars à 320°C) et le coup de bélier engendré par la bascule risque de provoquer une rupture de tuyauterie, entraînant pour le coup une fuite encore plus grave.

L'analyse de la situation monopolisa toutes les instances nationales de la Sûreté Nucléaire et d'EDF. Le 28 mai on aboutit à la conclusion qu'il fallait décharger en urgence la totalité des réacteurs de type N4 (soit Civaux-1, Chooz B1 et Chooz B2).

A Civaux, la situation est telle que l'on décide (le 28 mai) de bricoler une réparation en l'état : réacteur refroidi par le seul RRA de secours, très amoché, pendant que l'on tronçonne le RRA-A pour y souder un bout tout neuf. Le tout en croisant les doigts pour que le RRA de secours ne pète pas.

S'en est suivi toute une panade pour décharger le réacteur : il fallu encore un mois à EDF pour arriver aux conditions permettant l'ouverture de la cuve pour le déchargement du combustible, et encore plusieurs jours pour décoincer un panneau permettant de commencer effectivement ce transfert de combustible qui s'achèvera le 5 juillet.

Aujourd'hui, 6 ans après, on se rappelle qu'EDF n'a pas pas déclenché le Plan d'Urgence Interne lors de ce qui n'est resté qu'un incident, et qu'en conséquence, le préfet de l'époque n'a pas été prévenu, et le PPI n'a pu être déclenché. Les circonstances l'exigeaient pourtant.

On note également que l'Autorité de Sûreté a classé cet incident au niveau 2 de l'échelle INES, alors que ce n'était manifestement pas qu'un simple niveau 2. Le GSIEN a d'ailleurs qualifié cet incident comme étant "par sa portée et sa signification, l'un des plus important survenu à ce jour dans le parc nucléaire français".

On s'aperçoit qu'une fois de plus, les concepteurs ont ignoré des situations somme toutes assez simples. Ne parlons pas des études probabilistes de sûreté, dont les arbres d'événements, à coup sûr, ne comportaient pas de branche commençant par un incident comme le notre.

Bien sûr, pas question d'obtenir des nouvelles de l'état de santé des 12 travailleurs ayant pénétré dans le bâtiment réacteur la nuit du 12 mai 98.

Evidemment, l'étouffoir médiatique a joué son plein, et malgré le nombre important de communiqués de la sûreté (9 !), l'écho médiatique fût très faible. (Le journal Libération n'a même pas publié l'annonce du déchargement en urgence des N4.)

Si ce problème était arrivé sur un réacteur ayant fonctionné une année à pleine puissance (comme c'est aujourd'hui le cas pour les réacteurs 1 et 2 de Civaux), l'énergie accumulée dans le réacteur aurait été considérablement plus forte, et rien ne permet de garantir qu'une forte sollicitation du RRA n'aurait pas dégénérer en accident majeur (soit lors d'un arrêt à froid comme c'était le cas en 98, soit lors d'une rupture de tuyauterie vapeur accompagnée d'une petite brèche primaire par exemple, états pour lequel on a besoin du RRA).

Depuis cette date les déboires n'ont cessé de s'accumuler sur la centrale de Civaux (défauts de tenue aux séismes, taux de fuite de l'enceinte les plus élevés jamais observés sur la planète, etc...) et aujourd'hui, M. Lacoste, directeur de la Sûreté Nucléaire, affirme qu'il n'autoriserai plus la construction d'un réacteur N4.

Nous voilà prévenus.

Y aura-t-il un responsable pour arrêter les N4 avant l'accident grave ?

Notes :

(1) titre de l'article de Libération du 15 mai 1998, établi à partir de documents internes à EDF. Certains EDF ont du avoir très peur cette nuit là...

(2) GSIEN : Groupement de Scientifiques pour l'Information sur l'Energie Nucléaire. publication : la Gazette Nucléaire.

19 avril 2004, Stop-Civaux

 


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